the power of love

  • mathieu lehanneur
  • en collaboration avec françois brument, flux designer

    sculpture sonore - édition limitée 10 exemplaires + 2 épreuves d’artiste + 1 prototype
    matériaux : stéreolithographie, métalisation, carte électronique, casques audio
    dimensions : H 59 x l 38 x P 40 cm (feu)

the power of love est composé de deux casques audio indépendants reliés à un feu, soit trois entités qui correspondent symboliquement aux deux amants reliés par leur amour. l’objet dégage une formidable puissance sculpturale …mais il reste objet. sa valeur représentative est au service de sa fonction d’usage. the power of love accessoirise les préliminaires, comme une espèce de « foreplay toy ». les deux amants portent un casque. c’est en soi un gage d’érotisme pour toute la génération qui, comme mathieu lehanneur, a vu cette scène culte de la boum dans laquelle un adolescent séduit sophie marceau en lui faisant écouter un slow larmoyant avec son walkman tandis que les autres dansent sur un rock endiablé. le même principe est repris dans the power of love : chacun écoute la bande son qu’il s’est confectionnée et qui représente son univers intime. les amants ne sont donc pas synchronisés et c’est très important car le désir naît de l’altérité. c’est le feu miroitant qui rappelle sans cesse sa présence, impose sa chaleur et crée l’union. les amants y voient la perfection de leur amour originel qu’ils veulent retrouver et alimenter. lorsque deux individus tombent amoureux ils génèrent ensemble un nouvel univers sans pour autant perdre leur univers propre. c’est un tour de magie qui fait que 1+1=3. le pouvoir de l’amour réside dans un dépassement, une création. mathieu le représente comme une flamme jaillissant au point de rencontre de deux univers sonores qui continuent à exister séparément. cette flamme rappelle le buisson ardent de la bible, révélation de Dieu à moïse. si ce buisson ardent est une théophanie, apparition de Dieu, mathieu nous propose en quelque sorte une « érotophanie » : ce feu représente l’apparition de l’amour entre les amants. chacun est fasciné par le moment même du big-bang amoureux : c’est un moment d’intensité extrême où la force potentielle de l’amour se condense avant d’éclater. tout reste à faire pour concrétiser ce qui n’est encore que pure abstraction. l’amour n’a pas encore pris forme, il n’est que force impatiente. le défi du plasticien était alors de parvenir à figer un élément aussi instable que le feu pour créer un objet qui permettrait de matérialiser cette insaisissable force. pourtant… d’un point de vue esthétique, cette pièce ne porte pas la patte du designer. il n’a dessiné ni les casques ni la flamme : il les a choisis. la flamme a été générée informatiquement par l’algorithme d’un logiciel d’effets spéciaux, puis usinée au laser par une machine robotisée. quant aux casques, ils existent dans le commerce. on sait l’importance du choix — plus exactement de l’aptitude à éliminer — dans le processus de création mais ce n’est pas la même chose que de choisir parmi les productions de notre esprit et parmi les éléments du réel. en ce sens, the power of love est un travail plus proche de la photographie que du dessin. le designer veut donner à l’objet la possibilité de s’exprimer par lui-même. the power of love est une flamme figée, immortalisée, un instantané en trois dimensions. représenter l’amour par des flammes n’a rien d’original. c’est simplement pertinent! mathieu n’impose pas ses codes personnels, il choisit un langage accessible et tout son art réside dans la justesse d’emploi de ce langage. l’image du feu amoureux fonctionne généralement en réseau avec celle du coup de foudre. peut-on comprendre la révélation de l’amour? c’est un feu sans combustible repéré, son origine reste un mystère. la science avance beaucoup de théories sur la naissance de l’amour avec des approches chimiques. la flamme du buisson ardent n’a pas non plus d’origine visible. peut-être que la science comprend le phénomène mais personne n’a envie de croire à autre chose qu’à la musique magique. les critiques discuteront longtemps pour savoir si l’objet design doit être considéré comme une œuvre d’art mais ce que mathieu parvient à faire ici, c’est une œuvre d’art avec nos propres vies. il invente un instant intime inédit et profondément poétique.

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  • sound sculpture

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